MOTTO : la vague Soca de Sainte-Lucie.

Il fait partie des artistes les plus populaires de la scène Soca. Jeune et très ambitieux, Motto ne compte pas s'arrêter là. Il nous livre un peu de lui et de son parcours dans une interview exclusive.


BJ : Peux-tu nous donner 3 mots qui décrivent le mieux la Soca pour toi ?

MOTTO : Je dirais, alcool, amusement et soleil (rires). Mmm attends je dirais, alcool, vibes et expérience.


BJ : Dis nous en plus sur ce choix

MOTTO : L'alcool déjà parce que chacun caribéen en consomme. Cela fait partie de notre culture. On est dans les Caraïbes, donc pour ce qui est des vibes, tout vient essentiellement de ce provoque la Soca ou même le carnaval. L'un ne va pas sans l'autre. Si tu penses carnaval tu y associes forcément la Soca, c'est de là que viennent les vibes. Et de ces vibes vient l'expérience. C'est un tout.


BJ : Peux-tu nous parler du carnaval à Sainte-Lucie

MOTTO : Et bien je dirais que le carnaval de Sainte-Lucie évolue comme il peut ces dernières années. De mémoire le dernier en date est celui de 2019. Il n'a pas vraiment rencontré le succès qu'on lui espérait. Notamment dû à la non reconnaissance de certains genres de musiques. J'ai d'ailleurs été un des pionniers a apporté de nouvelles influences dans la Soca. Tu sais avec "Big ride", "Focé", … Toutes ces chansons sont devenues populaires et pas seulement à Sainte-Lucie, mais aussi à Trinidad. Tout le monde a commencé à se demandé d'où vient cette sonorité différente. Et du coup cela a attiré les gens à venir à Sainte-Lucie.

Pour en revenir au carnaval de mon île, tout ce qui se passe sur la road quand tu parades est dément. On est pas du genre Groovy Soca, on préfère les sons plus énergiques pour s'ambiancer. Il y a aussi de beaux costumes. Avec l'apparition de nouveaux band, comme Just for fun, on a une touche plus "fashion" aux costumes. Nos costumes évoluent et on devient de plus en plus forts dans le domaine. Je dirais qu'on se rapproche doucement mais lentement de la qualité de ceux que proposent Trinidad.


BJ : D'après nos recherches tu es aussi athlète. Peux-tu nous dire comment es-tu arrivé à la Soca ?

MOTTO : C'est arrivé de façon bizarre en fait. Parce que je n'ai jamais eu une personne influente dans mon entourage passionnée de musique. Quand j'ai quitté Sainte-Lucie il y a quelques années de cela pour New York, je n'avais pas vraiment de plan. J'ai simplement décidé un jour de téléchargé un logiciel pour faire des beats.

Je me suis lancé dans ça par hasard. Et par ce hasard, j'ai appris à écrire, composer, interpréter, et tout ce qui requiert de s'y connaître pour faire de la musique. Et comme je l'ai dit je n'avais personne autour de moi pour m'apprendre la musique. Ca a été un apprentissage autodidacte et aussi un don.


La Soca a vite pris le pas, d'une part parce que je viens des Caraïbes, la Soca est le genre musical qui domine tout du moins dans les îles anglophones. Je me suis suis essayé au Soukous à mes débuts. Je ne m'y retrouvais pas forcément.

J'ai fait aussi beaucoup de Soca en créole. Mais j'ai réalisé que cela ne correspondait pas forcément à mon style. Je doutais aussi que cela fonctionne bien pour ce qui est du créole. Et delà, j'ai commencé à chanté en anglais pour aller sur le terrain de ce que propose Trinidad. Mais j'apporte quand même ma touche de créole dans mes sons.


BJ : Team Foxx, présente nous ce que c'est et comment tu évolues avec ?

MOTTO : Team Foxx oui ! C'est ma maison de production. Sur l'aspect musical, c'est moi qui gère le label : création des riddims, écriture de chansons, composition, développement des artistes. J'ai pu faire des sons pour Machel Montano, Buju Garlin, Patrice Roberts, … Et aussi pour presque tous les artistes de Sainte-Lucie, je les aide à se développer comme comme Black Boy. J'ai une équipe toute entière aussi, qui m'aide dans tout ce qui est promotion/communication. J'ai mon ami depuis toujours, Jahmoul Gordon, qui a sa boîte de réalisation, Frosswire Visuals. C'est lui qui s'occupe de tous mes clips.

Je sais que beaucoup de gens traversent des choses difficiles dans leurs vies. Donc quand les gens m'écoutent je veux qu'ils se sentent heureux.

BJ : Tu as eu l'opportunité de composer "Dancé", interprété par Jacob Devarieux et Machel Montano. Peux-tu nous dire, comment Jacob Devarieux a-t-il influencé ta musique ?

MOTTO : : Je t'avoue que j'ai toujours été un gros, gros, gros, gros fan du groupe Kassav. Parce que ce qu'il faut savoir c'est qu'à Sainte-Lucie nous avons été très influencés par leur musique. J'ai grandit avec leurs chansons. Nous ne sommes pas loin géographièrent de la Guadeloupe et de la Martinique, donc le Zouk est un genre musical que nous écoutons beaucoup.


Ca a été un véritable honneur de composer "Dancé". (Et j'aurais aimé avoir une chanson avec lui). J'ai aussi participé à l'écriture des paroles de la chanson. L'idée était de toucher le public des îles francophones comme la Guadeloupe, la Martinique, Haïti. Avoir Jacob sur ce morceau a été une belle opportunité. Que son âme repose en paix.



BJ : Pourquoi tu mélanges anglais et créole dans tes chansons ?

MOTTO : C'est plus une approche marketing. J'essaye de toucher les francophones et les créolophones en plus des anglophones. Je connais bien le créole car c'est la langue dans laquelle j'ai grandit en tant qu'enfant de Sainte-Lucie.


J'essaye de garder cet héritage dans ma musique et je pense que le créole devrait être une Langue apprise à l'école. C'est comme ça que je ressens les choses à propose du créole. C'est quelque chose d'unique que nous avons pour communiquer. Je mets donc un peu de créole pour les créolophones et un peu d'anglais pour les anglophones dans ma musique, et les mixe ensemble. Comme je le disais c'est une technique marketing.


BJ : En tant que jeune artiste que souhaites tu partager au travers de ta musique ?

MOTTO : C'est vrai que mes chansons sont très festives, j'y parle de vibes, d'amusement de folie, et de consommer du rhum (rires). J'aimerais que chaque personne, en écoutant ma musique, se sente heureuse. Que chacun puisse d'une manière ou d'une autre se projeter dans l'énergie de mes sons. C'est pour cela que j'apporte une importance particulière à écrire toutes mes chansons.

Je sais que beaucoup de gens traversent des choses difficiles dans leurs vies. Donc quand les gens m'écoutent je veux qu'ils se sentent heureux.


Je ne me vois pas faire de la Soca d'ici10 ou 30 ans. [...] Je veux progresser dans ma carrière.

BJ : Récemment tu as fait une déclaration concernant l'Afrobeat et ton désir d'explorer ce genre. Peux-tu nous en dire plus ?

MOTTO : L'année dernière j'ai fait une sorte de campagne que j'ai développé pour moi même appelée "Une nouvelle vison 2021". Le principe était de considérer que je ne suis pas seulement un artiste de Soca. Je ne me vois pas faire de la Soca d'ici 10 ou 30 ans. Je suis un artiste qui grandit et qui en a besoin. Je ne me sens pas à l'aise à l'idée de ne pas évoluer. Ce n'est pas mon genre. Je veux progresser dans ma carrière. J'aime l'Afrobeat. Cela vient d'Afrique, du Nigéria, du Ghana ! Et je me suis projeter l'année dernière avec l'idée d'explorer le genre musical "AfroSoca". C'est ainsi que je désigne ce que je considère comme un mix entre Afrobeat et Soca.

Et encore une fois, c'est une technique de marketing. Cette fois-ci, destinée à toucher le public africain. Après avoir touché le public anglophone, créolophone, et francophone des Caraïbes, de l'Europe et des U.S. L'idée est de pouvoir rassembler ces communautés ensemble et d'avoir une sorte de combo. Il s'agit d'aller au delà de Motto l'artiste anglophone qui chante de la Soca.

Tout cela aussi a un rapport avec mes études sur le marketing. Idéalement je veux que ma musique soit écoutée de tous et partout autour de moi.



BJ : Tes clips sont toujours travaillés avec des scénarios bien particuliers. Peux-tu nous expliquer comment tu t'investis dans leurs production ?

MOTTO : Pour l'anecdote, j'ai justement fait mes études dans la production audiovisuelle quand j'ai déménagé pour New York.

Jahmoul dont je parlais toute à l'heure, a eu son diplôme en même temps que moi. Nous étions dans la même promo. Pendants que nous étudions, à côté je faisais ma musique et lui se perfectionnait l'audiovisuel. De là, on s'est mis à travailler ensemble. Du coup pour la conception de mes clips on travaille dans une énergie stimulante. Chacun vient avec ses idées. On réfléchit aux univers, à l'histoire qu'on aimerait voir. Et c'est comme ça pour chacun de mes clips.


[...] les femmes ont un rôle primordial dans l'existence des carnavals carïbéens. Et tout comme le carnaval ne peut pas vivre sans la Soca. La Soca n'est rien sans les femmes.

BJ : Comment vois-tu la place des femmes dans l'industrie de la Soca ?

MOTTO : Il y a une chanson qui dit "pas de femmes, pas de carnaval. Pas de femmes, pas de bacchanal". Donc les femmes ont un rôle primordial dans l'existence des carnavals carïbéens. Et tout comme le carnaval ne peut pas vivre sans la Soca, la Soca n'est rien sans les femmes.

A partir du moment où les femmes adhèrent à un son, se sera un hit. Le femmes aiment danser, winer, le carnaval, faire la fête. Et les hommes vont là où sont les femmes. Donc je pars du principe qu'il faut toujours chanter pour les femmes. C'est comme ça que je vois les choses. A chaque fois que j'écris une chanson je pense au public féminin en premier.


Pour ce qui est de la scène Soca féminine, les artistes comme Patrice Roberts, Nessa Preppy, Nadia Batson, sont impressionnantes par leur talent. Elles reçoivent énormément d'amour de leurs fans, notamment les femmes. C'est une très bonne chose d'autant qu'il n'y pas beaucoup d'artistes féminines dans la Soca. Le rapport femmes / hommes est déséquilibré mais reste encourageant pour les femmes.


BJ : Pour terminer, peux-tu nous révéler tes prochains projets et où le public peut-il retrouver ta musique ?

MOTTO : J'ai sorti Red Dress riddim il y a pas longtemps, qui est un son hybride avec de l'Afrobeat. Un style différent de ce qu'on est habitué a écouter en Soca ou Bouyon. Il y a moi même qui a posé sur le riddim et plusieurs autres artistes dont Problem Child. J'espère que ce riddim fera parlé de lui dans les prochains carnavals.


Le public peut retrouver ma musique depuis : SoundCloud ou encore You Tube.


■ Crédits photo/vidéos : Frosswire Visuals et King RP Photography

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